Hugo Llanes apporte des échafaudages, du punk et du Lýsi brillant à Hafnarhús

Dans un pays où une personne sur cinq est arrivée d’ailleurs, le thème de l’immigration et de l’adaptation est ancré dans la psyché collective. Artiste mexicain basé en Islande Hugo Llanès aborde cela à travers l’humour et le punk, mélangeant les références culturelles de son pays d’origine et de son pays d’adoption pour créer quelque chose d’entièrement nouveau. Boniteson installation multimédia maintenant visible à la D-Gallery du Reykjavík Art Museum rassemble le son et la vidéo, la sculpture, le textile, les impressions lenticulaires et bien plus encore, le tout construit autour d’un échafaudage en acier comme structure qui sert d’épine dorsale et de métaphore centrale à l’exposition.

«Je voulais avoir cette structure corporelle qui soit temporaire, qui ne soit pas toujours fixe, qui puisse être retirée, qui implique en quelque sorte d’être en construction», explique Hugo. « Je pense que ce processus d’adaptation est en cours de construction. Il ne s’agit pas d’une position définitive, ni d’une structure ou d’une plateforme, mais de quelque chose qui est simplement temporaire. » Traversant l’échafaudage, dans une pièce aux tons verts industriels discrets, font la queue des ceintures avec du texte, ou des sous-titres, comme les appelle Hugo. À proximité, trois seaux remplis de pilules Lýsi, le fameux supplément islandais à base d’huile de foie de morue, brillent de l’intérieur comme de l’or.

« (La série) va au-delà de ce sentiment d’être simplement étranger », dit Hugo à la fin de notre conversation. « Parce que je suis toujours étranger, mais je vis ici donc je ne suis plus étranger. »

Au cœur du spectacle se trouve Bonita, l’alter ego d’Hugo qui existe dans l’espace liminal entre les cultures. « Bonita, c’est cet espace, mais aussi cet être qui vit entre les cultures, entre traductions et interprétations », explique-t-il.

Née des expériences de Kling & Bang, Bonita a depuis évolué vers une figure costumée constituée de ceintures noires, volontairement dépouillée de tout repère ethnique ou géographique. «Je voulais briser cette représentation à travers les traits du corps, quelque chose qui ressemble à quelqu’un d’un endroit particulier», dit Hugo. « Je ne voulais pas que les gens reconnaissent que cette personne vient d’Amérique latine, par exemple, ou qu’elle est brune, des choses comme ça. »

Cette existence intermédiaire est visualisée à travers une série de gravures lenticulaires, où Bonita apparaît contre des peintures de paysages de l’un des peintres les plus éminents d’Islande, Kjarval. « Je pensais d’abord qui pourrait être Diego Rivera ou Frida Kahlo pour les Islandais ou pour l’Islande ? Puis je me suis dit ‘Kjarval' », Hugo claque des doigts. « Kjarval est quelqu’un qui a réussi à être une référence pour l’art islandais à l’échelle mondiale », explique-t-il. « Sans Kjarval, la pièce n’existerait pas et n’aurait pas de sens. Je voulais juxtaposer cet être qui vient de très nombreuses sources à quelque chose qui provient également de nombreuses sources. »

Bruni et hvíti…vááá !

L’une des œuvres centrales de l’exposition est une réinterprétation de « Luxor y Mohawk » de Las Ultrasonicas, un groupe punk féminin du Mexique des années 1990 dont la chanson originale raconte l’histoire d’un couple punk naviguant dans les préjugés et la société conservatrice de l’époque. Hugo a chargé GRÓA, un groupe punk islandais connu pour son approche DIY et son énergie inégalée, de reprendre la chanson. Le résultat est plutôt, comme le dit Hugo, « une reprise situationnelle » : le creux de la chanson originale est préservé, mais l’histoire est complètement réinterprétée : elle se situe désormais en Islande et chantée en islandais. La nouvelle chanson parle d’un couple gay biracial mexicain-islandais, où un partenaire mexicain déménage en Islande et le partenaire islandais présente au partenaire mexicain une nouvelle culture, les deux sont appelés « brúni » (« brownie ») et « hvíti » (« blonde »).

« Je voulais lui donner un tout nouveau sens de l’Islande contemporaine en prenant et en reflétant deux sources pour créer cet hybride », partage Hugo.

La pièce consiste en un morceau punk de trois minutes, avec des paroles affichées sur des ceintures de file d’attente en anglais, islandais et espagnol, suivies de sept minutes de silence, en boucle continue.

Perdu et trouvé en traduction

Même si l’exposition utilise différents médias, elle est fondamentalement fortement basée sur le langage. Hugo affiche des pages de son premier manuel islandais, Íslenska fyrir allaquelque chose que tout immigrant ayant déjà essayé de maîtriser la langue reconnaîtra. Sont également exposés son premier permis de travail et un CV traduit en islandais. Il attire l’attention sur les similitudes entre les mots des deux langues, en soulignant leurs chevauchements. Prenez, par exemple, hola, qui signifie « salut » en espagnol et « un trou » en islandais, un contraste qu’il met en valeur en découpant des mots et en y faisant des trous.

Dans une autre œuvre, Hugo réinterprète un tableau de l’artiste islandais Stórval, connu pour ses motifs naïfs de moutons et de montagnes. Au lieu de coudre des cornes sur les moutons, il utilise le mot « fé », qui signifie en islandais argent, bétail et richesse. «Quand j’aborde ce mot, je ne lis pas ‘fé’», explique-t-il. J’ai lu « fe » et « fe » en espagnol signifie foi.

Hugo admet qu’il est depuis longtemps fasciné par la découverte d’objets liés à sa culture d’origine en Islande. Certaines de ses trouvailles, comme le livre Undir mexíkósku mána sur un voyage d’une famille islandaise au Mexique, ou des éléments de DVD qu’il a trouvés dans un magasin Kjötborg à Vesturbær, sont réinventés dans l’exposition. Dans un seul morceau, Hugo prend les paroles d’un DVD live de Celia Cruz, l’une des artistes latino-américaines les plus emblématiques, et les traduit littéralement en islandais et en anglais, en les plaçant sur des tapis de file d’attente, ou raconte une telenovela en islandais et en anglais comme elle le serait en espagnol.

« J’ai acheté ces deux matériaux pour 600 couronnes dans un dépanneur à Vesturbær. Je me suis dit : ‘wow, ces coïncidences qui m’ont amené à acheter ce matériau en Islande doivent faire partie du spectacle' », sourit-il.

Autre coïncidence, le ticket ÚTL de Hugo a été agrandi et reproduit sous forme de tapis, tufté à la main avec de la laine blanche mexicaine et noire islandaise. « C’est un élargissement de mon vrai ticket, lorsque je suis allé récupérer ma carte de résident permanent en 2025 », explique-t-il. Dans cet article, Hugo attire l’attention sur l’importance culturelle et économique de la laine en Islande et au Mexique, tout en abordant le processus que doivent suivre les étrangers pour être acceptés dans le pays.

Adaptation en cours

« (La série) va au-delà de ce sentiment d’être simplement étranger », dit Hugo à la fin de notre conversation. « Parce que je suis toujours étranger, mais je vis ici donc je ne suis plus étranger », dit-il en haussant les épaules.

Cet état intermédiaire traverse l’exposition. Hugo marque sa présence physique en Islande en écrivant norður, « nord » en islandais, des dizaines de fois sur un pilier blanc avec sa main non dominante, se rappelant où il se trouve et d’où il vient.

Il convient que s’adapter à une nouvelle culture et essayer de naviguer dans une langue nouvelle et étrange peut être incroyablement difficile. Mais il semble avoir fait le choix conscient de ne pas s’ancrer dans la frustration et le ressentiment que l’immigration peut engendrer. Au lieu de cela, il ouvre son histoire personnelle pour parler de ces défis.

« Ce que j’essaie de choisir, je ne dis pas que tout le monde est pareil, ou que tout le monde doit chercher au-delà de cela », dit Hugo. « Je pense que nous avons tous des stratégies différentes, et c’est ma stratégie : utiliser l’humour, le punk, la vulnérabilité, pour traverser toutes ces façons d’être en habitant l’Islande contemporaine. »

Huit ans plus tard, Hugo se retrouve toujours à mi-construction. « Sur le plan linguistique, ce sera un exercice d’adaptation continu pendant un certain temps », dit-il. « Je considère le système d’échafaudages comme une simple étape, comme en construction. Je ne sais pas comment la construction va se terminer. »


Bonite est visible au Musée d’art de Reykjavik jusqu’au 3 mai. Hugo Llanes animera une visite guidée de l’exposition en espagnol le 16 avril à 20h00. Il sera interprété en islandais.