Volcans islandais : l’Oræfajökull, méconnu et inquiétant.

Oræfajökull - Oraefajokull

Personne n’en parle jamais, très peu le connaissent même en dehors de l’Islande, et pourtant : l’Oræfajökull est le plus haut volcan du pays – et le 4e stratovolcan le plus élevé d’Europe – et tout visiteur ou presque de l’île est passé à ses pieds puisqu’il domine l’inoubliable Jökullsárlon et que la route 1 longe ses flancs Sud entre Skaftafell et Hófn. Le plus haut côté de sa caldeira – qui mesure tout de même  5 kms de large et 14 kms de circonférence – est le point culminant de l’Islande et s élève à 2 110 m d’altitude. Ce pic se nomme d’ailleurs le Hvannadalshnjúkur.

Oræfajökull - Oraefajokull

L’Oræfajökull – prononcez « O-raille-fa-yeu-queutle » – est situé dans la partie la plus au sud du Vatnajökull, qui est rappelons le, le plus gros glacier d’Europe. Un glacier de 550 mètres d’épaisseur recouvre donc sa caldeira ainsi que ses différentes pentes sur 1/4 de sa surface totale. Ce glacier se termine par des langues glaciaires très touristiques et visitées quotidiennement : Skaftafellsjökull – le glacier de Skaftafell -, Svinafelljökull – lieu de tournage d’Interstellar et de Games of Throne pour ne citer qu’eux -, ou encore Fjallsjökull – le glacier qui se jette dans le lac -. Le volcan et ses glaciers sont donc bien visibles depuis la route 1 qui les longe sur une cinquantaine de km par le sud. Il est même possible de grimper au sommet de la caldeira – accompagné de guides islandais bien entendu – via une randonnée glaciaire. Le glacier est d’ailleurs à l’origine de la forme actuelle du stratovolcan qui est né de la fusion sous-glaciaire – pendant la période glaciaire justement – de deux anciens volcans adjacents à cet endroit dont la glace a contenu les éruptions, obligeant la lave à se répandre en hauteur et non vers l’extérieur.

Oræfajökull - Oraefajokull vu du ciel

Autre record pour notre géant méconnu : en recueillant 10 mètre de précipitations neigeuses en moyenne chaque année, c’est lui le point de l’île le plus sujet aux chutes de neige.

L’Oræfajökull doit son nom à son éruption majeure de 1362 qui a dévasté en totalité sa partie Sud, qui était alors une région prospère avec les fermes les plus riches d’Islande appelée « Litla-Hérað » – riche paroisse -. Aujourd’hui, Oræfa signifie « terre désolée », et jökull signifie glacier – pour désigner le glacier qui recouvre le volcan -. Les noms parlent d’eux-même…

Oræfajökull - Oraefajokull

Cette éruption fut la deuxième éruption la plus mortelle des éruptions islandaises, avec des centaines de victimes humaines d’après les historiens, et est encore aujourd’hui l’une des catastrophes volcaniques les moins reconnues du dernier millénaire. La sandur très marquée et seul paysage entre le volcan et l’océan atlantique encore aujourd’hui est ce qu’il reste de l’éruption. Elle eu un indice d’explosivité volcanique IEV de 5 ou 6 – ce qui est dévastateur – et fut accompagnée de nuées ardentes et de pas moins de 6 jökulhaups ! On estime que plus de 2,3 km3 de roches volcaniques et plus de 10km3 de téphras ont été éjectés lors de cette éruption majeure, dévastant une zone de 70 kms de rayon autours du volcan. Le déroulement présumé même de cette éruption reconstitué à partir de l’analyse géologique du magma retrouvé dans les sols en font potentiellement un des volcans les plus explosifs d’Europe. La région si attractive jusque-là resta vierge de toute activité humaine pendant 40 ans suite à cette catastrophe naturelle et fut rebaptisée de son nom actuel directement en lien avec ce traumatisme dont les rares témoignages d’époques ne mentionnent que 2 survivants sur les 70 fermes – les plus importantes et prospères d’Islande, rappelons-le – installées alors à cet endroit.

Sandur

Depuis, l’Oræfajökull n’est rentré en éruption qu’une seule fois, fin 1727 et jusqu’au début de l’année 1728. Cette éruption a été beaucoup moins puissante que la précédente mais elle a elle aussi généré son lot de destruction et de deuils dans la région, essentiellement suite aux jökulhaups qu’elle engendra. Il faut dire que le glacier était beaucoup plus développé en 1727 qu’en 1362, ce qui pourrait contribuer à expliquer le rôle plus important de ces torrents glaciaires lors de cette seconde éruption. Le rôle de la glace rend d’ailleurs les expériences passées difficilement applicables directement dans un modèles prévisionnel des éruptions futures : le glacier est aujourd’hui moins étendu qu’en 1727… mais plus massif qu’en 1362. Comment prévoir le déroulement de la prochaine éruption dans ces conditions ?

Oræfajökull - Oraefajokull : Le glacier

Au jour d’aujourd’hui, l’Islande n’a connu que deux éruptions de l’Oræfajökull depuis sa colonisation par les Vikings, et en des temps où la volcanologie n’existait pas… ou si peu ! Par conséquent, le mode de fonctionnement de cet imposant volcan est encore très largement méconnu des scientifiques et spécialistes eux-mêmes. Seuls les analyses géologiques des sols et reliefs de la région et les témoignages historiques permettent d’esquisser quelques idées de scénarios éruptifs possibles.

Mais depuis novembre 2017, le volcan connait un brusque réveil. L’activité sismique y est soutenue avec plusieurs tremblement de magnitudes supérieures à 3, notamment le 8 novembre. Alertés, les Islandais ont immédiatement posé un système de monitoring beaucoup plus poussé sur le volcan qu’ils estimaient en sommeil jusqu’à lors et dont ils ne connaissent que très peu les phases de réveil.

Un petit jokulhaups a été évacué à partir du 10 novembre dans la rivière Kvíá, accompagné d’une très forte odeur de souffre. L’activité sismique depuis ne s’est pas calmée et le volcan est passé en alerte jaune le 18 novembre. Un plan d’évacuation d’urgence a finalement été mis en place en cas de jokulhaups et d’éruption : toute la zone Sud du volcan est concernée depuis Skaftafell jusqu’au Jökulsárlon.

Oræfajökull - Oraefajokull - Plan d'évacuation

Entre temps, un creux de plus de 1 km de largueur s’est formé dans la glace au niveau de la caldeira et des crevasses y sont rapidement apparues. Le volcan a donc été mis sous la surveillance de l’ESA (European Space Agency ou Agence Spatiale Européenne) et les images satellitaires ainsi récupérées ont confirmé qu’au 25 novembre, les crevasses continuaient de grossir rapidement dans la caldeira.

Fissures Oræfajökull

Certains spécialistes expliquent même que le magma aurait déjà atteint la glace, mais ils ne sont pas tous d’accord sur ce sujet… après tout, le Barðabunga avait bien eu 3 remontées de lave mineures sous-glacière sur le chemin du magma le mois précédant son éruption majeure d’aout 2014 – mars 2015 dont certaines n’ont été découvertes… qu’à l’été 2017 ! D’autres expliquent que le volcan serait passé ou serait proche de passer en phase 2 de réveil, ce qui annoncerait le cas échéant une éruption dans les 15 jours dans 97% des cas, statistiquement… tout cela en moins d’1 mois, ce qui augmente les statistiques de risques éruptifs et les indices de de violence potentielle de la dite éruption selon les volcanologues de l’université d’Islande.

Mais tout cela reste des statistiques bien entendu et la suite – qu’il y ai éruption ou pas – aura au moins le mérite de nous en apprendre plus sur la vie de ce voisin mystérieux…

Oræfajökull - Oraefajokull

Digiprove sealCopyright secured by Digiprove © 2017