Un vendredi soir sur la Terre…

Ce vendredi matin avait pourtant bien commencé. Rien d’extraordinaire, juste la vie qui suit son cours. Au réveil, M. Puffin m’avait fait remarquer que nous étions vendredi 13 – il venait de le voir sur son téléphone/réveil – et nous plaisantons sur le fait de savoir si l’Islande propose également des grosses cagnottes à gagner pour l’occasion, histoire de ne pas tenter notre chance une fois de plus. Puffin junior entamait sa première journée d’école complète. Le temps était splendide… froid, mais ensoleillé avec un magnifique ciel bleu. Je revois Puffin junior jouer au foot avec ses nouveaux copains à la fin de la classe. Puis le retour à la maison bien au chaud, quelques démarches administratives de rigueur pour notre installation. Le repas en famille d’un vendredi soir ordinaire et le relâchement naturel qui fait la transition entre la semaine et le week-end suivi du rituel des douches et du coucher des minis-Puffins, comme d’habitude.

Nous avions prévu une soirée studieuse : mise à jour de site, écriture pour le blog… et puis une alerte info qui annonce une fusillade sur Paris. Rien de bien alarmant, nous en recevons quasiment une par semaine où seul le nom de la ville varie. La deuxième alerte est plus précise et coupe court à nos projets. Comme pour beaucoup, la soirée s’arrête. Heureusement, nous sommes rapidement rassurés sur la sécurité de nos proches et connaissances – merci Facebook ! -. Cela ne nous empêche pas de suivre les évènements la boule au ventre, un peu plus horrifiés et profondément plus tristes à chaque nouveau détail relayé par la presse ou les réseaux sociaux.

La malédiction du vendredi 13 était déjà née d’une sombre histoire de fanatisme religieux… et de luttes de pouvoir. À l’époque, c’était les Templiers qui s’étaient fait massacrer, par surprise et dans une action coordonnée sur tout le territoire, dans le but de leur prendre le pouvoir politique et religieux… et leurs richesses par la même occasion. Autres temps autres mœurs certes, mais les luttes restent désespérément similaires quoiqu’il n’y ait plus grand trésor à récupérer.

Les grands idéaux – ne pas répéter les erreurs du Passé, l’Histoire qui suit une progression linéaire ascendante, etc. –  en prennent un coup. Mais nous avons trois minis Puffins qui dorment sereinement dans leurs lits et qui font de doux rêves – en tous cas nous l’espérons -. Pas question de leur mettre de telles idées dans la tête ! Pas question de baisser les bras !

« La Terre n’est pas un don de nos parents, ce sont nos enfants qui nous la prêtent. » (Proverbe indien)

Alors samedi matin nous avons réfléchi pour trouver les bons mots, les mots justes pour expliquer aux minis-puffins ce qu’il s’était passé, répondre à leurs questions et tenter de leur faire comprendre en quoi la bêtise, la colère, la peur, l’ignorance, l’étroitesse d’esprit, l’amertume, la rancœur, le fanatisme, la violence, le repli sur soi sont dangereux. Et ce besoin immense de leur répéter de toujours rester ouverts aux autres et au monde, de s’épanouir et s’envoler en laissant leurs valises trop lourdes sur le bord du chemin loin derrière eux, de toujours chercher à apprendre et à comprendre de ce et ceux qui les entourent, et de leur montrer et les faire participer à l’élan de solidarité mondial du lendemain du drame afin qu’ils gardent en tête le meilleur de la nature humaine.

RDV donc samedi soir à l’Ambassade de France de Reykjavik. Nous sommes plutôt nombreux. Beaucoup d’étrangers, beaucoup d’Islandais. Nous apprendrons lundi que parmi les blessés figure la femme, française, d’un gars du pays… et comme ici tout le monde se connaît, tous les islandais sont un peu touchés. D’autant qu’avec des années entières sans homicides, les manifestations de violence les choquent énormément. Les bougies s’alignent, les mots de soutien aussi et une longue file d’attente patiente pour signer le registre que nos cinq signatures sont venues compléter.

Puis retour à la maison. Demain est un nouveau jour, une argile au creux de nos mains, diraient certains… et une argile au creux de leurs mains aussi !

Les minis-Puffins à l'Ambassade de France, Reykjavik, 14 11 2015

Les minis-Puffins à l’Ambassade de          France, Reykjavik, 14 11 2015

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10 réflexions sur “Un vendredi soir sur la Terre…

      • J’ai beaucoup aimé l’esprit d’ouverture donner en exemple de vie aux enfants.
        Le fanatisme, l’idéologie sont les « arnaques  » intellectuelles les plus dangereuses .
        et leurs auteurs des prédateurs manipulateurs de la pire espèce.
        Je conseille a ceux qui seraient tentes par ces hymmes a la mort, d’ecouter en boucle la chanson de Brassens  » mourir pour des idees  » pleine de légèreté et de bon sens.
        Super votre site.

        • Merci.
          J’ai beaucoup pensé à cette chanson aussi… Et aussi à ces phrases de Martin Luther King « Darkness cannot drive out darkness; only light can do that. Hate cannot drive out hate; only love can do that. » (« L’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité ; seule la lumière le peut. La haine ne peut pas chasser la haine ; seul l’amour le peut)… À nous de rendre ces messages plus audibles que le brouhaha des obscurantismes en tous genres.

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