24 octobre 1975 – 24 octobre 2016 : 40 ans de journées des femmes en Islande

Lundi dernier, 24 octobre, nous entamions une journée « normale », en même temps qu’une semaine tout aussi classique. Certes, comme tous les lundis matins, le réveil est plus difficile pour les grands Puffins car plus matinal après la coupure du week-end, et les minis Puffins sont plus excités – ou moins décidés selon les cas – par la reprise du chemin de l’école. Pourtant, c’était un lundi particulier, même si nous ne le savions pas encore…

Remontons plus de 40 ans en arrière. 41 ans, pour être tout à fait exacte. Nous sommes en 1975, déclarée année des femmes par l’ONU. En Islande aussi, ces dernières se sentent concernées. Bien entendu, elles ont le droit de vote depuis longtemps, et même bien avant les Françaises puisqu’elles ont le droit de participer aux scrutins démocratiques depuis 1915. Mais le sujet qui fâche est ailleurs : pourquoi ramènent-elles 60% de moins de revenus chez elles que leurs collègues masculins aux mêmes postes qu’elles, alors qu’elles assument en plus encore la très grande majorité des tâches domestiques ? Décidément, cette question semble universelle…

Des groupes de femmes réfléchissent à une action qui permettrait de rendre visibles ces inégalités afin de provoquer une prise de conscience tout en évitant de créer un conflit qui aurait inévitablement desservit leur objectif et n’aurait pas suscité l’adhésion de la gente féminine islandaise. C’est ainsi que l’idée d’un jour sans travail féminin, ni salarié, ni domestique, est née. Et plutôt que de l’appeler « grève générale » – trop agressif ! – il fut décidé de le nommer le « jour sans » ou « Kvennafrídagurinn » – « Le jour de repos des femmes ».

Islande - Mouvement de femmes a l'origine du 24 octobre

Islande – Mouvement de femmes a l’origine du 24 octobre | Source : Women’s History Archives

Le succès est au rendez-vous : 90% des femmes participent au mouvement, prennent un jour de congé et ne s’occupent d’aucune tâche ménagère ou familiale chez elles. Elles vont manifester, notamment à Reykjavík où 30 000 femmes se rassemblent… pour une population d’alors de 200 000 personnes au total ! D’après les témoignage, il fait beau ce jour-là et l’ambiance est incroyable parmi les femmes réunies, entre espoir et émulation.

Islande - Femmes du 24 octobre 1975

Islande – Femmes du 24 octobre 1975 | Source : Women’s History Archives

 

Islande rassemblement de femmes du 24 octobre 1975

Islande rassemblement de femmes du 24 octobre 1975 | Women’s History Archives

Résultat : le pays est paralysé pour la journée ! Pas d’école ni garderie ou presque ; pas de journaux car pas de typographe pour les imprimer ; pas de téléphone car pas d’opératrice pour relayer les appels ; pas ou peu de vols aériens car pas d’hôtesses de l’air pour les accompagner ; beaucoup d’usines fermées par manque de personnel, notamment dans l’industrie du poisson, première industrie nationale ; les cadres bancaires ont du s’installer au guichet, etc.

De leur côté, les hommes ont dû s’organiser. Sans école ni garderie, beaucoup sont allés travailler avec leurs enfants que les dirigeants d’entreprise, plus ou moins préparés, ont accueilli avec des bonbons, des feuilles et des crayons selon les témoignages. La petite histoire retiendra même que sans repas préparé par les mères et épouses, une pénurie de saucisses a frappé le pays ce jour-là en raison du très grand nombre de hot-dog – plat très populaire en Islande, nous avons pu le constater – préparé par les papas pour leurs petits… et pour eux-mêmes ! Tant et si bien que cette journée fut baptisé « Jour le plus long » ou « long vendredi » par ces messieurs… et reste encore connue sous ce nom à l’heure actuelle !

Vu d’aujourd’hui, pour beaucoup, la paralysie que ce 24 octobre provoqua dans le pays ouvrit la voie à l’émancipation des femmes… et les yeux des hommes. Pari réussi !

En effet, l’année suivante, en 1976, le parlement vote une loi « garantissant » l’égalité salariale.

Puis, en novembre 1980, l’Islande élit la 1e femme Présidente au monde, Vigdis Finnbogadottir. Elle restera Présidente 16 ans, jusqu’en 1996.

Quant au Parlement islandais actuel, il ne compte pas moi moins de 42% de femmes… un joli résultat, non ? On approche fortement de la parité.

Aujourd’hui, 80% des islandaises travaillent, mais les inégalités salariales restent aux alentours de 18%. Alors inlassablement depuis 1975, le 24 octobre, les femmes continuent d’arrêter de travailler, de manière plus ou moins massive en fonction des années.

Cette année, le mouvement a été particulièrement important, de l’aveu de la directrice d’école de Puffin junior avec qui j’ai pu en discuter un petit peu le lundi en question. Tout a commencé le matin, à peine rentrée de la tournée des écoles où j’avais déposé, comme tous les matins, les minis Puffins. Dès l’ouverture de ma boîte mail, je reçois un message collectif du service des écoles de notre région demandant aux parents de faire de leur mieux – grands-parents, famille, etc. – pour faire récupérer leurs enfants avant 14 heures afin de libérer le personnel féminin des écoles pour 14h38, heure fixée d’arrêt du travail. Idem de la part du jardin d’enfants. Bien entendu, les e-mails étant rédigés en islandais, il me faut un peu plus de temps que ça pour obtenir une traduction correcte mais je finis par comprendre correctement leur contenu. Je préviens donc M. Puffin qu’il va devoir récupérer et s’occuper des enfants cet après-midi là.

Pour ma part, la coupure tombant pile durant mes heures de travail à l’école, je ne sais pas encore de quoi sera fait mon après-midi  ! Je constate dès mon arrivée l’adhésion des islandais à cette journée : il ne reste que 3 enfants aux activités périscolaires à 14h, dont deux que les parents récupèrent à 15h et un qui a leur permission pour rentrer seul chez lui ! Ma collègue part à l’heure fixée pour se rendre à un rassemblement dans le chef-lieu le plus proche, tandis que je reste jusqu’à ce qu’il n’y ai plus d’enfant à l’école. Et je mesure le succès de cette action : c’est toute la communauté qui s’est mobilisée, des institutions aux professionnels et supérieurs hiérarchiques en passant par les parents et familles. Pas étonnant que l’Islande soit aussi bien classée sur l’échelle de la parité ! Il faut dire que les Islandais sont très mobilisés lorsqu’ils adhèrent à une action civique, comme lors des rassemblements l’année dernière qui ont obtenus la démission du gouvernent sous la pression populaire suite aux révélations des « Panamas papers » ou encore le référendum qui précipita la faillite des banques après la crise de 2008 -. Et vu d’ici, avec le peu de recul que nous avons, force est de constater que ça semble plutôt bien leur réussir.


 

Mais au fait, pourquoi les femmes ont-elles arrêté de travailler à 14h38 ? Parce que ramenés sur une journée de 8h, les comparatifs salariaux montrent qu’elles ne seraient plus payées à partir de cette heure-là contrairement à leur homologues masculins ! Cette heure est réactualisée tous les ans… et avec 13 minutes gagnées en 11 ans, l’égalités salariale devrait être atteinte d’ici 31 ans, en 2068 selon l’agence statistique locale RUV… la fin annoncée d’un bel élan ?

 
 


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16 réflexions sur “24 octobre 1975 – 24 octobre 2016 : 40 ans de journées des femmes en Islande

  1. Quelle belle marée rose !
    Quel exemple de détermination nous montrent ces femmes islandaises.
    Il faut croire que la rudesse du climat et la dureté de la nature omniprésente développent en elles un profond sens de la solidarité et leur forgent des caractères volontaires et authentiques. Ceci semble valable aussi pour leurs homologues masculins. Ils nous l’ont montré à plusieurs occasions ces derniers mois, que ce soit en matière de sport, de politique ou pour des questions sociétales. Lorsqu’ils se donnent un objectif, les islandais se mobilisent massivement sans violence, sans agressivité mais avec une volonté inaltérable et nous constatons que des résultats ne tardent pas à apparaitre.
    Nous sommes admiratifs de ce comportement.

    • Oui, nous apprécions réellement beaucoup ces relations humaines et cette gestion de la vie en société.
      C’est peut-être aussi parce qu’ils sont moins nombreux qu’ils ont réussi à garder cette organisation solidaire et authentique. En tous cas ni le froid hivernal, ni les tempêtes des autres saisons, ni les distances géographiques entre eux ne les ont amenés à se replier sur eux-mêmes ou sur leur foyer… au contraire ! Le collectif est très présent, dans tous les aspects de la vie.
      Pourvu que ça dure !

  2. Article vraiment très intéressant ! C’est magnifique de voir toute cette solidarité. Je pense qu’en France, si les femmes décidaient de réaliser un tel mouvement, le soutien ne serait pas le même. C’est fort dommage !
    Merci pour votre partage 🙂
    Au passage, j’adore les petits flocons qui glissent partout sur mon écran !

    • Merci ! L’union fait la force… c’est dommage de l’oublier.

      Comme on dit, il n’y a pas de tyran, il n’y a que des esclaves : là où personne n’obéit, nul ne commande… 😉

  3. C’est grâce à cet état d’esprit et ses paysages magnifiques et uniques que j’ai choisi l’Islande pour mes vacances cette année, je ne peux que conseiller les gens d’y aller, mais vite avant qu’il y ait trop de touristes 🙂 !
    Bonne soirée à vous,

  4. L’islande reste un exemple en terme de droit des femmes…1975 ça parrait tard, mais il faut se dire qu’en 2016, il y’a encore des pays où les femmes n’ont pas le droit de travailler ou de conduire, mais sinon tout vas bien ….

    • Il n’est jamais trop tard pour bien faire 😉 Et puis je ne suis pas bien sûre qu’en France, on parlait – et encore moins on agissait ! – pour l’égalité salariale en 1975…

      Enfin, le plus important, c’est qu’on aille de l’avant 🙂

  5. L’Islande semble vu de france être bien plus démocratique que la France.
    Qu’en est il selon vous?
    Comment va l’économie , est elle perçue comme fonctionnant correctement depuis les problèmes banquaires?

    • Cela va peut-être sembler paradoxal, mais je dirais que alors même que le réseau est primordial dans la société islandaise, l’Islande est avant tout plus transparente que la France. Et les leviers de l’action sociale y sont beaucoup plus aisément accessibles aux citoyens, et ça, ça change tout !

      En ce qui concerne l’économie, elle ne s’est jamais portée aussi bien… même si elle est en grande partie dopée par le tourisme que la montée de la couronne islandaise fragilise.

      Mais bon, je ne suis ni politologue, ni économiste 😉

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